LA  JUNTE DE  RONCAL

      

    Tous les ans le 13 juillet se déroule à La Pierre St Martin, à la frontière franco espagnole, la cérémonie du plus vieux traité d'Europe :

     


     

     

    Le "TRIBUT" DES TROIS VACHES

     

    Nous n'avons pas de précisions historiques sur les origines du tribut ni sur ses causes réelles. Les premiers écrits sur ces incidents ne datent que de 1373, bien qu'en 1350 se développent de mauvaises relations de voisinage liées à l'usage des sources. En 1361 certains écrits parlent de ces terres incultes du roi.

    Quelques auteurs voient dans cette date le début du paiement du tribut, cependant le texte de la sentence de 1375 mentionne clairement : "que les Barétounais avaient depuis longtemps l'habitude de donner trois vaches âgées de deux ans et sans défaut". On peut donc en déduire que ce tribut existait déjà à cette époque-là.

    D'autres auteurs le rattachent à l'invasion de la vallée de Roncal par les Cimbres. Ces derniers, alliés aux Barétounais furent mis en déroute par les Roncalais. Cette version des faits semble quelque peu irréelle et extravagante. Laissons de côté les dates et parlons maintenant de la légende ou de l'histoire de l'an 1373.

    Un défaut de paiement semble être la cause du désaccord initial.

    Le Roncalais Pedro Carrica d'lsaba et le Barétounais Pierre Sansoler se rencontrent ce jour-là près d'une source pour faire boire leurs bêtes. C'est là qu'a lieu la première dispute, car, bien que Sansoler soit arrivé le premier, Carrica a la priorité : en effet, la fontaine se trouve en territoire roncalais.

    Cette querelle, verbale dans un premier temps, dégénère en rixe et coûte la vie au Barétounais. La famille de ce dernier, par vengeance, organise une expédition commandée par Anginar Sansoler, cousin de la victime. Cette troupe se dirige vers le Col de la Pierre St Martin à la recherche de Pedro Carrica. Ne le trouvant pas, ils descendent vers Belagua et tuent sa femme enceinte et s'acharnent sur son cadavre.

    A la suite de ces tragiques événements, Carrica et les siens organisent à leur tour une expédition. Dans la maison de Anginar Sansoler, ils surprennent les Barétounais qui fêtent leur vengeance. Pedro Carrica épargne le fils et l'épouse de Pierre Sansoler mais la prie de choisir un homme qui devra prendre soin d'elle et de son enfant. Elle choisit un de ses frères et les Roncalais égorgent tous les autres. Une servante de la maisonnée qui a réussi à s'enfuir donne l'alerte aux Arettois. Ceux-ci tendent une embuscade aux Roncalais sur le chemin du retour et les poignardent dans la nuit.

    A ce stade de la violence, les représentants de Carlos II de Navarre et de Gaston de Béarn, souverains des deux pays, tentent de rétablir la paix lors de la rencontre d'Anso. Deux évêques de chaque souveraineté assistent à cette entrevue. Mais les deux vallées poursuivent leur lutte, la bataille d'Aguincea en est l'épisode le plus tragique. Les Barétounais finissent par se rendre et déclarent aux Roncalais qu'ils se soumettront à l'arbitrage d'Anso. Après un jugement verbal, le tribunal considère que les uns comme les autres ont subi des dommages équivalents et il confirme aux Roncalais le droit d'exiger le tribut. On fixe comme date de paiement le treize Juillet de chaque année sous la garantie des paroisses de l'église d'Anso et de la cathédrale d'Oloron.

    Dès lors et jusqu'à nos jours, le tribut continue d'être payé. Toutefois, quelques crises graves entraînent des interruptions, en particulier au XVllème siècle et en 1944 lors de la seconde guerre mondiale.

    C'est le plus vieux traité d'Europe en vigueur.

     


     

    CEREMONIE  DU  TRIBUT

     

    Autour de la borne de la Pierre St Martin, chacun sur leur territoire respectif, les représentants de la vallée de Barétous en habit de ville, ceints de l'écharpe tricolore, rencontrent les délégués de Roncal qui eux sont vêtus du costume et chapeau roncalais culotte courte ajustée à mi-genou, cape de tissu noir et collet blanc.

    C'est le Maire d'lsaba, président de la cérémonie, qui le premier demande:

    -"Etes-vous disposés à payer le tribut des trois vaches comme les années antérieures?"

     

     

    Cette question est renouvelée trois fois. Ensuite les maires posent les mains sur la borne frontière de La Pierre St Martin, d'abord un Barétounais puis un Roncalais, et pour finir le maire d'Isaba qui tient le bâton de commandement et répète par trois fois : 'Paix dorénavant, Paix dorénavant, Paix dorénavant". Les Français répètent la même phrase.

     

     

    Puis le Maire d'lsaba ordonne au garde municipal de proclamer :

    -"Sur ordre de Monsieur le Maire président, si quelqu'un doit formuler une déclaration, qu'il fasse un pas en avant." Après cette formalité, Monsieur le Maire d'Isaba recueille le serment des gardes, leur demandant par trois fois:

    -"Jurez-vous au nom de Dieu de remplir votre charge fidèlement ?"

     

     

    Après la réponse affirmative, le Maire leur dit:

    -"Si vous le faites ainsi, Dieu vous récompensera et sinon il l'exigera."

    Ensuite le secrétaire donne lecture de l'acte que signent les Maires, puis vient l'examen des trois vaches. 

 

 


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